Le 31 décembre prochain, cela fera un an que la ligne Limoux-Quillan aura été suspendue, à cause du mauvais état de la voie. La cause est toujours défendue par la Région mais aussi à un niveau local, par l'ALF. Retour sur une de leurs manifesations, le 27 octobre 2018.


   C'est un matin d'octobre automnal, où la pluie et la fraîcheur se sont invités : ce 27 octobre en gare de Couiza, c'est sous des parapluies que les membres de l'ALF se sont réunis en gare de Couiza, pour défendre la portion suspendue Limoux-Quillan de la ligne Carcassonne-Quillan.

Officiellement, c'est depuis mars 2018 que la ligne est suspendue, après la fin des travaux de rénovation sur la première section, de Carcasonne-Limoux : mais les TER ne circulent plus depuis le 31 décembre 2017, date à partir de laquelle les travaux ont commencé, interrompant tout trafic. Depuis, les arbustes et broussailles poussent entre les traverses, malgré quelques débroussaillages autour des quais effectués durant l'été. La SNCF doit en effet entretenir la ligne, même si les trains n'y circulent plus : les PN sont toujours fonctionnels, les lampadaires des gares toujours allumés et l'affichage TER maintenu. Une situation qui pourrait paraître surréaliste, exigée par la Région qui ne compte pas voir la ligne fermer définitivement.

Le 12 avril 2017, cet AGC assurait un TER pour Quillan et marquait l'arrêt en gare de Couiza-Montazels.

    C'est ainsi que l'ALF, l'association de défense de la ligne, a invité élus et usagers à montrer leur engagement pour le maintien et la réouverture de la ligne, sous un mot d'ordre symbolique, emmener burettes et sécateurs pour débroussailler la voie. "Aujourd'hui, la situation est un peu paradoxale : nous n'avons jamais aussi eu d'avantages de notre côté, mais les frictions du côté de la SNCF sont de plus en plus fortes" rapporte Patrick Bacot, le président de l'association lors de son discours sur le quai de la gare. La sono est dans l'abri de quai, où sont fréquemment remplacés les affiches TER promouvant les nouvelles tarifications TER... Même si plus aucun train ne passe.

Patrick Bacot, ancien contrôleur sur la ligne et président de l'ALF.

    Les membres de l'ALF ont pu compter sur les principaux élus de la Haute Vallée, dont Jean-Paul Dupré, maire de Limoux, Jacques Hortala, maire de Couiza, Christophe Cuxac, maire de Montazels et enfn Georges Reverte, maire d'Espéraza. Pourtant, tous n'étaient pas présents, comme le maire de Quillan, Pierre Castel, célèbre pour son engagement contre la réouverture de la ligne et pour la promotion d'une voie verte. Quillan, ville d'un peu plus de 3000 habitants, aurait pourtant bien besoin du retour du train. Sans grand pôle d'emploi, souffrant d'une population aux revenus faibles, elle aurait tout à gagner d'une relation rapide et confortable avec le reste de la vallée, et Carcassonne, préfecture de l'Aude.

   Mais si Pierre Castel est contre le retour du train, c'est bien parce qu'apparaît pour lui un risque majeur, la fuite des habitants vers Carcassonne -ce qu'ils ne pourraient pas faire à vélo sur une piste cyclable, bien évidemment, ni avec leur voiture-. L'absurdité de la situation peut faire sourire, mais elle est bien réelle et révèle le niveau de rélféxion sur le long terme de certains élus.

   Autre absente de la manifestation, la députée LREM Mireille Roberte, muette sur le dossier depuis son début de mandat en 2017. Une position également ambigüe, quand un député se devrait d'être au plus près des habitants de sa circonscrpition, et de défendre leurs intérêts comme la réouverture de la ligne.

   Cependant, la Région Occitanie, par le biais de son vice-président délégué aux transports Jean-Luc Gibelin, a témoigné du soutient total de la Région à la réouverture de la ligne. Un des engagements importants de la Région, malgré l'augmentation volontaire des coûts des travaux par la SNCF, comme nous avons pu le voir avec le projet de régénération de la ligne Montréjeau-Luchon, qui ont grimpé en deux ans de 36M€ à 59M€. Ici, ils devraient s'élever bien au-delà des 10M€ dépensés pour la réouverture de la premier section de Carcassonne à Limoux...

Les acacias reprennent le pouvoir sur la ligne...

   Sur le quai de la gare de Couiza-Montazels, on débat, et on se dit qu'il y a urgence à changer nos modes de transport. Des voix s'élèves pour défendre les trains de nuit, les petites lignes. On essaye de se redonner un peu d'espoir, d'y croire. Les trois acacias qui avaient percé le vieux ballast mélangé à de la terre sont coupés, on prend place devant la banderole sur le talus pour la photo de groupe. Sous la pluie, tout reste encore possible, car il est encore temps.

Des citoyens engagés pour la réouverture de la ligne ont pu aussi prendre la parole lors de la manifestation.

Photo de groupe devant la banderole, avec les élus et défenseurs.

   Changer, notre monde en a bien besoin. A l'heure où le 17 novembre, les automobilistes se préparent à manifester contre l'augmentation des prix des carburants alors que l'urgence climatique est bien présente, on ne peut qu'encourager et exiger le développement du transport ferroviaire, car c'est maintenant ou jamais. Les conséquences du changement climatique sont aujourd'hui bien présentes, et la ligne Carcassonne-Limoux en est elle aussi victime : fermée à cause des inondations dramatiques qui ont eues lieu dans l'Aude, elle ne réouvrira pas avant décembre.

©Ferrovi11, novembre 2018, photos octobre 2018