Le 28 et 29 juillet derniers se déroulait au Lioran (15), l'anniversaire des 150 ans cette célèbre gare auvergnate -dont nous aurons le temps de revenir. A l'occasion, plusieurs trains spéciaux en provenance de différentes gares furent mis en place. Découverte, au doux son des MGO de l'un de ses trains, assuré par les X 2800 de l'Association des Passionnés de l'X 2800 (AP2800) au départ de Langogne, le 28 juillet.

   Proposer un voyage sur des lignes mythiques, dans des autorails mythiques du Massif Central, c'était presque un pari réussi pour l'AP 2800 ! L'association, dont les autorails sont basés à Langogne sur la ligne des Cévennes, pouvait donc espérer un taux de remplissage assez élevé dans ses bleus d'Auvergne pour un voyage de Langogne (48) au Lioran (15).

 

Mise à quai de la rame à Langogne, le matin du 28 juillet 2018, sous les objectifs des photographes !

On aurait pu se croire 25 ans auparavant, quand les X 2800 étaient encore présents sur le trafic autorail sur la ligne des Cévennes. En ce 28 juillet 2018, les moteurs MGO ronronnent, le monde afflue sur le quai et les gilets orange s'efforcent de contenir les multiples photographes qui mitraillent déjà la rame en train de se mettre à quai. Il est bientôt 8h15, heure de départ de notre rame composée de l'X 2914, de la XR 6091 et de l'X 2819. Chacun prend place dans les vénérables autorails, les uns préférant les confortables sièges rembourrés de 1ère classe, les autres les banquettes de skaï. Mais, dans de tels autorails, le confort ne prime pas : c'est d'abord le plaisir d'entendre et de sentir ces dinosaures du rail, pourtant évincés du service régulier il y a un peu plus de 10 ans.

Affluence peu commune à Langogne, quelques minutes avant le départ du train spécial pour Le Lioran.

Départ

Coups de sifflet, les derniers voyageurs embarquent dans le train. Il est 8h15, et, sous un ciel plutôt gris, notre départ de Langogne, à la frontière entre Lozère et Haute-Loire, sur la ligne des Cévennes, est donné. Le train prend de la vitesse, les MGO grognent un peu, mais il faudra attendre un peu pour les entendre se défouler sur les rampes caractéristiques de cette ligne de montagnge : jusqu'à Langeac, nous ne ferons que descendre. Nous voici partis pour 177 km de pur plaisir ferroviaire ! Nous laissons sur notre droite l'amorce de la ligne Langogne-Le Puy, fermée en 1981 et aujourd'hui parcourue par des vélorails sur la seule partie encore en place de Langogne à Landos. Notre train prend de la vitesse, le profil est facile et la vitesse de 80 km/h nous emmène rapidement en direction des gorges de l'Allier.

Durant un peu moins de 70 km, la ligne des Cévennes longe l'Allier dans les fameuses Gorges de l'Allier.

Le long de l'Allier

Il est sans doute le tronçon qui a fait la renommée de la ligne des Cévennes : les gorges de l'Allier ! Ici, la ligne suit, durant 67 km, l'Allier dans un décor spectaculaire et cahotique. Le parcours enchaîne  tunnels, viaducs, et franchit 6 fois la rivière. Nous passons la gare de Chapeauroux, restée hors du temps dans un cadre magnifique. On pourrait presque s'attendre à croiser le Cévenol en autorails Panoramique... A partir de cette gare, la vitesse de notre train ne dépassera pas les 40 kmh, en raison de l'état de la voie, peu entretenue par la région AURA. Puis vient Alleyras, et, premier arrêt de notre trajet, Monistrol d'Allier.

Croisement à Monistrol d'Allier, avec un TER pour Nîmes.

Monistrol d'Allier, 10 minutes d'arrêt ! Nous croisons en gare sous un temps plutôt humide, un TER pour Nîmes, assuré par une UM d'AGC Auvergne. Un matériel qui a lui même chassé les derniers X 2800... Mais, les sifflets se font déjà retentir, il est temps de remonter à bord de nos vieux tacots ! A partir de Monistrol d'Allier, la vitesse de croisière sera un peu plus rapide, passant de 40 à 75 km/h sur un profil toujours descendant.

Vue depuis l'autorail de queue, l'X 2914, lors du retour du train spécial vers Langogne, dans les gorges de l'Allier.

Le reste de notre parcours dans les gorges de l'Allier est tout aussi magnifique, même dans la grisaille de juillet... Le relief se fait petit à petit plus doux, la vallée s'élargit : nous approchons de Langeac ! Le profil de la ligne aidant, notre vitesse atteint 95 km/h, une belle pointe pour nos autorails plus que cinquantenaires. En gare de Langeac, pas de pause, gardons le plaisir pour la prochaine gare : St Georges d'Aurac.

Le charme des fenêtres coulissantes, en franchissant l'Allier...

Croisement hors du temps

Gare de bifurcation avec la ligne pour le Puy en Velay et St Etienne, St Georges d'Aurac nous a réservé une petite surprise ! Après quelques minutes d'attente, voici que se profile à l'entrée de la gare deux X 2800... Les appareils photos chauffent, tout le monde est sur le qui-vive pour immortaliser ce croisement que la gare n'avait pas du connaître depuis bien longtemps : quatre X 2800, en 2018 !

Arrivée à St Georges d'Aurac de l'X 2907 et 2844 de l'Autorail-Limousin en provenance de Montluçon, tandisque l'X 2914 de l'AP 2800 est visible à droite, pour le Lioran.

La rame nous croisant a le même but que notre train : rallier la gare du Lioran. Mais pas forcément par le même chemin : en provenance de Montluçon, où ils ont passé la nuit, l'X 2907 bleu en tête et l'X 2844 rouge et crème en queue, les deux autorails de l'association "Autorail-Limousin" se rendent eux à St Flour par la translozérienne pour y passer une autre nuit. Ils arriveront au Lioran le lendemain, par la ligne des Causses.

Ambiance rétro à St Georges d'Aurac, avec l'X 2914 et l'X 2844. Un évènement exceptionnel !

Mais, pas le temps de rêver devant cette scène hors du temps, car nous devons tenir l'horaire ! La composition colorée de l'Autorail-Limousin repart, faisant vrombir et cracher les MGO des deux autorails, tandis que nous nous élançons aussi, passant sous un mur de photographes venus pour l'évènement.

Dans les gorges de l'Alagnon

Nous roulons toujours à 95 km/h, jusqu'à Arvant, autre point névralgique de notre voyage puisque gare de bifurcation où la ligne vers Neussargues et Aurillac se détache de la ligne des Cévennes. L'X 2914, alors en tête du train, se retrouve maintenant en queue, rebroussement oblige. Le profil de la ligne va maintenant permettre d'entendre un peu plus rugir les 825 cv de nos deux X 2800 : d'abord 12 pour mille, puis 18, et enfin... 30 sur la partie finale de notre parcours ! Mais avant cela, notre train s'engage dans les gorges de l'Alagnon, moins spectaculaires que les gorges de l'Allier, mais tout aussi agréables à parcourir.

Rebroussement à Arvant : la rame va repartir sur la ligne des Cévennes, lors du retour du train sur Langogne.

Pour la petite anecdote, qui nous est rapportée dans le fascicule distribué par les bénévoles, c'est dans ces gorges que l'X 2914 subit les aléas qui incombent à toute ligne de montagne : en 1994, l'Alagnon en crue emporta une partie du mur de soutènement de la ligne, ainsi que sa plateforme entre Massiac et Molompize. L'X 2914 pour Aurillac ne put stopper à temps et resta suspendu au dessus du vide, avant d'être relevé une semaine plus tard, sans grands dommages heureusement  !

Franchissement de l'Alagnon.

 Nous passons l'ancienne gare de Blesle, la gare de Massiac, toujours en longeant l'Alagnon dans la vallée encaissée. Cette dernière ne s'élargira que peut avant Neussargues, l'une des gares mythiques du Massif Central qui continue toujours à émerveiller bien des passionnés, même si son charme d'antan n'est plus le même.

Neussargues et X 2800, ou le Roi des montagnes dans son château fort.

Neussargues, ici Neussargues !

 Nous voici maintenant en gare de Neussargues, terminus de la ligne des Causses. On aurait presque pu s'attendre à voir l'Aubrac pour Clermont arriver au crochet d'une UM de BB 9400, et son jumeau pour Béziers en BB 67400, tandis que nous nous serions trouvés dans un omnibus en X 2800 pour Aurillac. Mais non, nous croiserons seulement un TER assuré en AGC. Ce n'est qu'à notre second passage, au retour direction Langogne, que l'arrêt à Neussargues gagnera en intérêt... Effectivement, grâce au retard accumulé suite à divers problèmes minimes, nous avons croisé le Picasso de l'ABFC, assurant des navettes depuis St Flour. Un autre croisement hors du temps, dans une gare toute aussi pleine d'un charme qu'on ne peut trouver qu'à Neussargues.

 

Croisement avec le Picasso de l'ABFC en provenance de St Flour à Neussargues, au retour du train. 

Le meilleur pour la fin

La rame redémarre, direction Murat et Le Lioran ! Nous laissons sur notre droite la ligne vers Bort les Orgues, parcourue par le CFHA (Chemin de Fer de la Haute Auvergne) entre Riom-ès-Montagnes et Lugarde. Jusqu'à Murat, nous roulons à vive allure, 90km/h, sur une section en rampe de 16 pour mille. Mais ce n'est qu'après Murat que les choses se gâtent ! Dès l'aiguille de sortie de la gare franchie, les MGO crachent tous leurs chevaux pour affronter la dure rampe de 30 sur les 20 km restants. Nous nous élevons en direction du Lioran, et quittons petit à petit le fond de la vallée tapissé de champs et pâturages, à flanc de montagne. Les deux X 2800 ne décélérerons pas durant toute l'ascension pour atteindre les 1152m d'altitude de la gare du Lioran...

 

Dans la dure rampe pour le Lioran...

Et c'est dans un concert de klaxons que nous entrons en gare, accueillis par 4 diesels fumants sur les voies de débords et du monde sur le quai. Quoi  de mieux pour bien commencer un week-end qui n'aura pas désempli ! Après l'arrivée de notre train, l'X 4059 de l'ABCF effectuera plusieurs navettes pour Aurillac et St Flour, tandis qu'un train spécial en provenance de Toulouse, assuré avec la BB 66304 et la rame Inox de l'ACPR 1126 atteindra Le Lioran. Le matériel présent en gare fera l'objet d'un autre article.

Ambiance diesel au Lioran, à l'arrivée de notre train  !

 Le retour du train s'effectuera sans problèmes, mis à part un retard tout relatif. Les 177 kilomètres furent parcourus avec le même plaisir à l'aller, celui de se sentir bercé par les "tac tac" de la voie, les accélérations des MGO et l'ambiance chaleureuse qui règne dans le train. Rester suspendu à la fenêtre, accompagnant la fin du jour au fil de la ligne, suivant vallées, plaines et gorges étroites, en se disant que toute cette journée n'était peut-être qu'un rêve... Mais ce rêve-là, une équipe de bénévoles passionnés l'ont realisé et mené à bien pour que les mêmes étoiles qui brillaient dans leurs yeux devant les 2800 brillent à nouveau en 2018, et plus longtemps encore !

L'air doux de ce début de soirée s'engouffre dans la fenêtre ouverte. Mélancolie et instant du voyage...

Un grand merci à toute l'équipe de l'AP 2800, pour l'organisation de ce train spécial ainsi pour l'accueil chaleureux qu'ils ont su témoigner... Nous pouvons également remercier le CFHA, pour l'organisation du week-end autour des 150 ans de la ligne du Lioran. Le train fera toujours rêver, alors, longue vie aux X 2800 ! 

 ©Ferrovi11, sept 2018

Le train bleu du sud

Le train bleu du sud - Association des passionnées de l'X2800.

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