... Ou quand la politique se joue aussi sur le rail. Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône Alpes, ne cache plus sa volonté de sauver l'Auvergne rurale, en se plaçant en fervant défenseur des valeurs françaises tout en participant à sa désertification. Derniers faits en date, l'annulation de travaux sur la ligne des Cévennes. Décryptage.

On connaissait l'amour fou de Laurent Wauquiez pour le développement du rail en Auvergne-Rhône Alpes : une Région dont une grande partie est pourtant très rurale, située en plein coeur du Massif Central. Cantal, Haute-Loire, Puy de Dôme : ces trois départements sont parcourus par plusieurs lignes ferroviaires, dont une partie sont en danger et ont besoin d'entretien et de développement. Parmi ces dernières, on peut notamment citer la ligne des Cévennes, ou encore celle des Causses... Mais c'est plus particulièrement la transversale Cévenole, entre Clermont-Ferrand et Nîmes par la Haute-Loire et la Lozère, qui nous intéresse. Une ligne à priori sauvegardée côté Occitanie, mais à l'avenir toujours incertain côté Auvergne.

Le Cévenol Clermont-Nîmes sur la viaduc de Chamborigaud en août 2017, assuré par deux AGC Auvergne. (©P-J JEHENNE)

Cévennes : 2 mois de fermeture, pour rien ?

 Du 4 mars au 5 mai, la ligne des Cévennes est fermée entre Langogne et Langeac pour travaux : des crédits avaient été débloqués pour les financer, dans le cadre du plan CPER 2017. Deux phases devaient avoir lieu : d'abord la réfection du tunnel du Crest, entre Monistrol et Langeac, ainsi que de deux autres tunnels entre Alleyras et Monistrol ; le tout durant un mois. Ensuite était programmée la rénovation de la voie (changement de traverses, rajout de ballast...) dans les gorges de l'Allier, pour un futur relèvement de la vitesse de 40 à 55 km/h. De simples travaux d'entretien, pour maintenir des circulations à minima. Mais, voilà que quelques jours avant le début des travaux, coup de théâtre de Parka Rouge...

Durant deux étés, en 2016 et 2017, le Cévenol Clermont-Nîmes a été assuré en rame tractée spécialement dédiée à ce train. Une initiative de promotion touristique pour une ligne qui a du potentiel... Le train est vu en gare de Villefort, en août 2016. (©P-J JEHENNE)

Le 1er mars, soit trois jours avant le début des travaux, la SNCF convint en effet Laurent Wauquiez à annuler la seconde phase des travaux ; la rénovation de la voie entre Monistrol et Chapeauroux. Rien ne sera donc fait pour relever la vitesse et assurer la sécurité des trains... qui rouleront toujours, en attendant la fermeture définitive de la ligne qui, espérons-le, ne sera pas pour tout de suite, qui reste cependant à craindre si rien n'est fait. Mais, ce n'est pas fini ! Car, en plus d'annuler le deuxième mois de travaux, la Région a aussi réussi à réduire le budget de rénovation des tunnels de 850 000 à 350 000 €, en ne travaillant uniquement que sur les deux entrées du tunnel du Crest. Alors, à quoi bon fermer la ligne 2 mois si une grosse partie des travaux est annulée ?

Pas un centime de plus pour les petites lignes ?

Wauquiez tient à son pécule, alors bon, dépenser quelques centimes pour maintenir en service des lignes rurales et vitales pour leur territoire, il ne faut pas rêver. Pourtant, certains y pensaient secrètement, alors il l'a fait. Désormais, il faut bien croire que l'on ne pourra plus compter sur lui pour le réseau ferré auvergnat... Car une question reste non résolue : pourquoi, comme vu plus haut, annuler et réduire le budget des travaux sur la ligne des Cévennes ? Où est allée l'argent prévue à cet effet ? Pour avoir la réponse, il faut se pencher sur l'ex région Rhône-Alpes : les crédits ont été déplacés sur des travaux à côté de Chambéry, sur la ligne Lyon-Genève, peut-être pas si vitaux à la survie du réseau ferré rhone-alpin, d'un niveau tout autre ! Tout cela s'est fait en douce, au nez des populations concernées et des médias.

Le TER Nîmes-Clermont du matin sur le viaduc de Chapeauroux, assuré par deux X 73500 Auvergne en avril 2017. (©P-J JEHENNE)

La ligne des Cévennes n'est pourtant pas la seule concernée : le budget de rénovation de la ligne St Georges d'Aurac-Le Puy, en Haute-Loire, a été réduit de... 90%. Il ne faut donc pas espérer de gros travaux, mais un simple entretien à la petite cuillère, devenu une vieille habitude de la SNCF, est fort probable. Avec à la clé un abaissement de la vitesse à 40km/h.

Occitanie : la roue de secours...

La ligne des Cévennes, et sa voisine des Causses s'établissent toutes deux en Occitanie et Auvergne, ceci impliquant donc une étroite collaboration entre ces deux régions : mais comment collaborer, quand on applique deux politiques ferroviaire radicalement différentes ? Il suffit seulement de comparer les budgets TER : 1,75 milliard d'€ pour Occitanie, contre 500 millions pour AURA. Et pas un centime de plus pour les lignes rurales en Auvergne... Cela implique aussi la ligne de l'Aubrac, avec ses TER inter-régionaux : la région Occitanie se retrouvera donc seule à en assumer les conséquences budgétaires d'après Jean-Luc Gibelin, délégué au transports en Occitanie. C'est également elle qui prendra en compte les frais pour soutenir le classement du viaduc de Garabit à l'UNESCO, situé entièrement en Auvergne dans le département du Cantal.

Un TER Mende-Nîmes, assuré par un X 73500 Languedoc-Roussillon en gare de Chamborigaud, le 20 octobre 2016. Une gare désertique pour un train bien seul... (©P-J JEHENNE)

Sur la ligne des Cévennes, les TER sont actuellement gérés par la région Occitanie jusqu'à La Bastide, sauf pour le Cévenol jusqu'à Clermont,  et de nombreux problèmes collatéraux liés à cette organisation existent : mauvaise communication sur les fiches horaires auvergnates, les deux TER gérés par AURA très souvent supprimés...

Une telle situation est scandaleuse et ne doit pas durer : qu'une région, responsable de ses transports ruraux vitaux et au fort potentiel touristique, n'assume pas ses responsabilités et se repose sur la bonne volonté ferroviaire d'une région voisine, c'est détruire ses propres territoires isolés, sa propre économie locale. C'est se déresponsabiliser de ses fonctions principales d'autorité organisatrice des transports, et donc du développement de la région ! A ce point-là, on peut se demander si la politique ne vient pas ajouter son grain de sel, ou si il s'agit seulement de l'incompétence de ses conseillers -à voir Martine Guibert, homologue de JL Gibelin en AURA, mêlée d'hypocrisie, de démagogie et de populisme. Si Wauquiez, en tant que bête politique, n'y est pas pour quelque chose, si la SNCF ne tente pas de saborder son propre réseau par l'entremise de la Région AURA à l'aube du nouvelle ère incertaine...

Autre initiative touristique : depuis quelques années, d'abord en X 2800 durant leurs dernier mois au début des années 2000 puis aujourd'hui en RRR, un train touristique circule dans les gorges de l'Allier. Il est vu ici avec la BB 67615 en tête, sur le viaduc du Thord, en août 2017/ (©P-J JEHENNE)

Le rail rural Auvergnat est donc en danger, qui plus est après le récent rapport Spinnetta remettant en question les lignes classées UIC 7 à 9, comme la ligne des Causses, ou bien la ligne des Cévennes. La volonté des collectivités ne peut pas à elle seule sauver des lignes, comme la volonté des populations ne peut pas non plus, à elle seule, faire bouger les autorités organisatrices : mais, grâce à certains exemples comme la gare de Villefort sur la ligne des Cévennes sauvée grâce à l'implication des habitants et le concours de la Région Occitanie, l'espoir reste entier !

 ©Ferrovi11, avril 2018

Photos : ©PJ JEHENNE, DR

Un grand merci à Alexandre Bel, du Collectif Train e Villefort, pour son aide précieuse !

Sources :

Collectif des Usagers des Transports du Haut-Allier

Image 01 Image 02 Image 03 Image 04 Image 05 Image 06> RSS 2.0 Pour la défense des transports publics voyageurs en Haut-Allier Mars 2018 05/02 : Attention ! Du 5 mars au 4 mai plus aucune circulation de trains dans les gorges de l'Allier suite à DEUX MOIS de soit-disant travaux : en fait seuls ceux du tunnel de Crest, en contrebas du hameau de Genestouse seront effectués.

http://usagers-transports.haut-allier.eu
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