Le rapport Spinetta a provoqué des émules ces dernières semaines : politiques et populations ont enfin pris conscience de la nécessaire refondation du service public français notamment au travers du maintien et de la régénération de petites lignes.

   Et finalement, qu'aura-t-on retenu de la publication de ce report ? Sans doute l'incessant matraquage médiatique sur le statut des cheminots, sur qui on a rejeté tous les maux de la SNCF. Il reste cependant certains points où on aurait peut-être oublié d'appuyer, et qui n'ont pas forcément été aussi médiatisés. Je veux donc parler des lignes TER locales.

Quillan, le 26 décembre 2017 : le B 81525-6 est prêt au départ sur un TER Quillan-Carcassonne, dans les derniers jours d'exploitation de la ligne Limoux-Quillan, avant la suspension de trafic qui sera effective dès le 26 mars. Une ligne symbole de l'abandon du rail rural...

Il a suffit d'une allocution d'Edouard Philippe, indiquant qu'on ne toucherait pas aux petites lignes, pour que ce sujet disparaisse des radars post-rapport Spinetta.  Le Premier Ministre a parlé, donc il dit vrai. Sauf que, évidemment, ça ne l'est pas. Et la situation est beaucoup plus compliquée que ça, car si un certain président de Région en parka rouge décide de laisser tomber une ligne en Auvergne-Rhône Alpes, il pourra le faire. Si la Région Occitanie ne vient pas en aide à la ligne Limoux-Quillan, celle-ci ne rouvrira pas, malgré les dires du gouvernement. Car en effet, ce sont les Régions qui organisent, avec la SNCF, le transport TER, et c'est à la SNCF qu'appartiennent les lignes. Libre à elle de les fermer, avec toujours un prétexte de valable comme  "l'été la voie se dilate, donc les trains ne peuvent plus circuler", ou bien, "c'est l'autonme, il y a des feuilles mortes, on ferme". L'Etat n'a donc plus vraiment son mot à dire.

L'Aubrac Bézier-Neussargues entre dans la dernière gare de la ligne des Causses le 28 août 2017. Une transversale au trafic voyageur menacé à court terme sur la partie nord de la ligne.

Pourtant, les lignes locales sont vitales au maillage du territoire et à sa vitalisation. Le tranport routier est peu avantageux, manque de confort, de convivialité, et décourage les habitants qui seraient tentés par un transport plus doux que la voiture ou le car. Alors comment pouvons nous admettre une désertification ferroviaire des territoires ruraux, et le total oubli de ces lignes ? Comment admettre l'abandon par la SNCF de moyens de transports aussi avantageux que le train de nuit au profit d'un TGV toujours plus cher et plus vraiment compétitif, profitant au démantèlement du réseau classique ?

Le train de nuit Cerbère-Paris Austerlitz, remis en place à partir de l'été 2017 sous l'impulsion de la région Occitanie en gare de Banyuls, le 17 août 2017.

Dire non à cette logique qui n'en est pas une, dire non à l'oubli de nos territoires : pour faire entendre notre voix avant le 22 mars, jour de mobilisation générale, une tribune a été publiée aujourd'hui dans Le Monde. Une excellente initiative de la part des organisateurs, qui a regroupé un grand nombre de collectifs de défense des petites lignes, des trains de nuit, ainsi que des élus. Un grand merci à eux, nous ne laisserons pas mourir le ferroviaire français !

" Réserver le ferroviaire aux seules grandes villes ne ferait que créer de nouveaux territoires abandonnés de la République "

Un collectif d'associations d'usagers, de syndicats de cheminots et d'élus locaux appelle, dans une tribune au " Monde ", le gouvernement à ne pas sacrifier les " petites " lignes sur l'autel de la réforme de la SNCF. Tribune. Il n'y a pas plus de " petites lignes " que de petits territoires.

http://abonnes.lemonde.fr