Point central de la ligne Le Monastier-Mende-La Bastide, la gare de Mende voit des relations par le fer se réduire, comme beaucoup de gares du Massif Central...

Mende, en octobre 2017 (©Train Lozérien).

Ne vous fiez pas aux apparences ! Certes, la Lozère est le département le moins peuplé de France, certes la ligne Marvejols / La Bastide est l'archétype de la petite ligne rurale en sursis avec une infrastructure vieillissante (rails DC sur 2/3 du parcours) entraînant des limitations de vitesse conséquentes. Mais la gare de Mende revêt tout de même un intérêt géographique stratégique et reste un point central pour des relations ferroviaires vers Montpellier (Sud) et Clermont Ferrand (Nord) mais aussi vers Toulouse (Ouest) en constituant pour cette dernière un itinéraire détourné de l'axe littoral très fréquenté et souvent saturé entraînant de nombreux retards.

Un AGC à quai... (©Train Lozérien)

Telle le Transsibérien traversant les étendues glaciales de la Sibérie, la Translozérienne traverse elle les plateaux déserts de la Lozère dans sa partie montagneuse et la plaine du Lot plus bas vers Chanac, en desservant au passage de nombreuses petites gares désormais fermées et transformées en simple haltes. Quand vient l'hiver, cette impression s'accentue de plus belle... A mi chemin de cette ligne thermique la plus haute de France, longue de 88 kilomètres, la gare de Mende, la seule encore ouverte et disposant d'un guichet jusqu'au terminus de Marvejols, représente un point de jonction pour les relations vers Montpellier ou Clermont-Ferrand.

Mende 24-08-16

Un X 73500 traverse le centre ville de Mende, en juillet 2016.

A ce jour il ne reste plus qu'un TER direct Montpellier/ Mende direct du lundi au vendredi le soir, tous les autres trajets s'effectuant avec un changement à Nîmes ou La Bastide. Pour Clermont-Ferrand la situation est encore piètre car si l'on souhaite effectuer le trajet en train c'est changement à Marvejols qui nous attend... La rupture de charge, l'arme la plus efficace et particulièrement affectionnée par la SNCF pour parachever le rail en Lozère et dissuader même les plus téméraires. En effet, depuis le SA 2013, si aucun train direct ne fait le trajet jusqu'à la capitale Auvergnate ;  3 à 4 aller / retour directs ont été mis sur route par autobus chaque jour passant par l'A 75 qui a fait tant de ravages à la ligne des Causses...

X 2800 Chasserades 21-09-15

Les X 2800 de l'AP 2800 sur le viaduc de Chasserades, en septembre 2015.

Les dires du président de la SNCF ne font qu'accentuer cette tendance du tout bus SNCF : le car TER doit surpasser le train... Un comble pour la ligne La Bastide-Mende-Marjvejols, quand on sait qu'il y a à peine 5 ans un grand chantier de RVB avait été mené entre La Bastide et Belvezet et que depuis une partie du trafic TER a été reporté sur la route ! Comment expliquer alors cette inégalité dans les relations, quand Clermont se situe à 240 kms de la préfecture Lozérienne et Montpellier à 170 kms ? Mende mériterait des relations ferroviaires directes dignes de ce nom vers les grandes villes de la région Occitanie. Le train le plus direct passe par les Cévennes avec un changement obligatoire à Nîmes. Pis, par la ligne des Causses un tel trajet à un seul changement est inexistant. Aujourd'hui, seuls les trains scolaires ,composés d'une UM2 d'AGC des vendredis et dimanches soirs animent la petite gare Lozérienne... Pas moins de 1000 lycéens transitent ainsi de et vers Montpellier, Béziers, Arles, ou Miramas chaque semaine scolaire...

BGC Belvezet 28-08-16

Un BGC en gare de Bagnols Chadenet, en juillet 2016.

A l'image de bon nombre de relations ferroviaires dans le Massif Central, la desserte de la gare de Mende devient peu à peu squelettique. Bien que préfecture de la Lozère, Mende ne dispose d'aucun accès en transport en commun vers Toulouse capitale de la nouvelle grande région. On se souvient alors du célèbre Locorama, le Toulouse/Lyon qui a circulé jusqu'en 1988... Un train traversant le Massif Central qui n'est aujourd'hui qu'un lointain souvenir ! Petit à petit, et ce malgré la bonne volonté de la Région Occitanie en matière de ferroviaire, les chances d'avoir une relation directe vers Toulouse s'amenuisent avec l'annonce de la fermeture de la ligne Rodez Séverac en décembre prochain, seul débouché rapide possible par les Causses depuis la Lozère, n'augure rien de posuitif et va isoler un peu plus le département... Une hérésie de la part de SNCF Réseau quand on se rappelle qu'aux EGRIM la volonté d'établir une relation Nîmes Toulouse par le Nord ( Mende /Séverac/ Rodez) était d'actualité afin d'offrir enfin des horaires adéquats notamment pour réaliser des trajets domicile/travail et un TER direct pour Toulouse...  Les horaires actuels proposés par rail sont eux aussi totalement dissuasifs : départ à 4h50 ou arrivée à 21h25, une technique classique proposée par la SCNF quand elle veut tuer son bébé.

X 2403 Balsièges 11-10-15

Un rouge et crème à Balsièges en 2015... L'X 2403 marque l'arrêt.

Les échos d'une situation initiale, à la fin du siècle dernier, avec le contrat de plan Etat/Région qui visait à supprimer une grande partie des lignes reviennent aujourd'hui : le Massif Central, déjà désert humain sur certaines de ses régions, doit aux yeux de la Maison Mère devenir un désert ferroviaire... La translozérienne est aujourd'hui plus que menacée car non inscrite dans le nouveau Contrat Plan Etat Région . Une situation bancale quand on sait que bon nombre de kilomètres de ligne doivent être supprimés avec une vague inquiétante au prochain service annuel 2018...

L’image contient peut-être : ciel et plein air

Affluence en gare de La Bastide, débouché de la translozérienne sur la ligne des Cévennes. Trois ATER en gare ce jour d'août 2017, pour Mende, Clermont Ferrand et Nîmes. (©Train Lozérien)

Quand on assiste aux scènes ferroviaires en gare de Mende tout nous rappelle une pièce de théâtre d'un autre temps qui se joue sous nos yeux et même la bande sonore s'en mêle ...Une pièce de théâtre qui joue son dernier acte ? Car l'on se doute bien que rien n'est éternel, mais espérons que le train siffle encore longtemps sur les hauts plateaux lozériens !

©Train48, photos ©Train Lozérien, ©PJ JEHENNE, octobre 2017