Cela va bientôt faire un mois que le train de nuit Paris Austerlitz-Albi Ville ne circule plus. Alors il est temps de ressortir les cartons (numériques) et de publier les photos...

Fin août 2015 : une rame bien panachée, tout comme le duo de BB 67400... En ce dimanche soir, c'était une voiture Carmillon de jour qui remplaçait l'habituelle Corail places assises, ici à Albi.

    Tous les samedi matins, il réveillait la gare du doux grondements des moteurs des BB 67400, peu avant 8h. Le dimanche matin, il mettait un peu d'animation dans une gare habituée aux TER. Mais aujourd'hui, la voie C de la gare d'Albi rouille petit à petit, et la graisse déposée par les vieux diesels s'en va peu à peu. L'autocollant "Téoz" est pourtant toujours présent sur le panneau d'entrée de la gare... Une bizzarerie albigeoise : le train de nuit était-il vraiment considéré comme "Téoz" ?  Un mois déjà, et on a l'impression que cela fait depuis une éternité que le Parisien a disparu.

Les BB 67424 et 481 manoeuvrent voie B en gare d'Albi-Ville, le 28 août 2016.

Le 2 octobre 2016, il y a un an, la BB 67496, aujourd'hui radiée, était en tête de la rame W du Albi-Paris du dimanche soir, ici arrivant à Albi et franchissant le Tarn.

    Depuis 1952, un train direct reliait Albi à la capitale. D'abord, une voiture couchette acheminée par autorail l'hiver, jusqu'à Tessonnières où elle était rattachée au Paris-Toulouse via Capdenac; puis l'été, quelques voitures tractées d'abord en vapeur puis en 040 DG. Au fur et à mesure des années, le matériel évolua et l'organisation de la desserte aussi : les X 2800 chassèrent les ADX 2, puis les autorails abandonnèrent la relation pour laisser place à une BB 66000.

 

Il restait seulement trois BB 67400 en livrée bleue au dépôt de Bordeaux quand la photo fut prise... Les BB 67523 et 496 se retrouvèrent en effet en UM sur le Paris-Albi, fait extrêmement rare ! La rame W traverse ici le viaduc du Viaur le 30 juillet 2017. (©P-J JEHENNE)

Un an avant l'arrêt des circulations, le 3 septembre 2017, une UM de BB 67400 emmenait ses quatre corails sur Rodez avec le W, ici à Lescure d'Albigeois. (03/09/16)

C'est en 1980 que fut créé le Paris-Carmaux par Tessonnières : les BB 67400 prirent le relais, et le train subsista jusqu'en 2007. A partir de cette date, le Paris-Albi nouvelle formule par Rodez circula chaque week-ends jusqu'en 2017, où il a été supprimé de Rodez à Albi à cause du rallongement de temps de parcours par son détournement par Bordeaux à cause des travaux nocturnes sur la POLT. Les BB 67400 ont donc déserté la ligne, après des décennies de service en tête de trains de marchandises jusqu'en 2004, ainsi que sur les RRR/RIO jusqu'à l'arrivée des AGC et enfin sur le Paris-Albi.

 

Une image qu'il n'est désormais plus possible de voir aujourd'hui : le hall de la gare est en pleine rénovation, et le 3756 ne roule plus... (27 août 2017)

A l'heure actuelle, on ne sait pas encore si le train sera remis en place l'été et après les travaux car le document PDF fourni par la SNCF laisse entendre qu'il s'agit juste d'une suspension... tous les week-ends. Mais c'est bien une page qui se tourne pour les trains de nuit en France, et l'histoire ferroviaire locale...

Un autre moment d'anthologie que l'on est pas près d'oublier... Le 5 mars 2017, la BB 67345, bien loin de son dépôt nivernois et de ses habituels Intercités Paris-Montluçon, assurait l'ICN Albi-Paris. Elle remplaçait alors la BB 67443 défectueuse, et ce fut l'une des seules fois qu'une BB 67300 assura le train de nuit.

   "Train de Jaurès", "Parisien", l'express local connût de nombreux surnoms et avait sa clientèle. Et dans les gares tarnaises, une ambiance particulière, unique, s'installait. Celle des trains de nuit, un autre monde, endormi, calme, en dehors de l'agitation d'un monde voué à la rapidité. Le monde des longs voyages vers des destinations lointaines, bien éloignées du microcosme local. Du Tarn à Paris, de Paris au Tarn. Deux dimensions différentes reliées par un train de nuit, qui résista au temps et à la désertification des relations directes. Mais l'heure est au tout TGV : Paris-Toulouse-Albi : 5h, de jour. 5h de perdues...

L'ICN 3756 quitte la gare de Naucelle un dimanche de soir de juin, après avoir croisé un TER pour Toulouse. 9h plus tard, il entrera en gare de Paris-Austerlitz...

 

 

La BB 67441 et ses trois voitures sur le plateau du Ségala, aux alentours de Naucelle (12), le 11 mars 2017.

Souvenirs.

Si l'atmosphère des trains de nuit a aujourd'hui désertée la gare albigeoise, les souvenirs de la dernière rame tractée albigeoise resteront gravés dans la tête de beaucoup. Du passionné occupant ses soirées du dimanche l'oeil à l'objectif aux habtiués du train, le Paris-Albi avait installé une routine constament menacée ces derniers temps. Si bien que l'on n'imaginait plus voir partir un jour définitivement (?) les 67400 et leurs 3 voitures Corail. Mais n'était-il pas une exception à la norme du tout automoteur ? L'histoire d'un train, qui plus est nocturne, ne circulant que les week-ends, tracté par de vaillantes locomotives diesel éloignées de leur dépôt d'attache de Bordeaux... Quand il reste en France cinq trains de nuit encore en service. 

Quelques mois avant sa suppression, en juin 2017, la BB 67523 entre en gare de Carmaux avec l'ICN 3756, réduit à trois voitures depuis décembre 2016.

Une fois n'est pas coutume, il est au sens de l'auteur important de toucher quelques mots des souvenirs de passionnés. Des "fous du rails" partageront sans doute ces sentiments : des soirées passées à traquer un train attendu la semaine entière, des samedis matins où il fallait être sur pieds assez tôt pour ne pas rater le train... Et chaque fois le plaisir de retrouver un train qui, dans notre coeur, ne partirait jamais... Le suspense de savoir quelle serait la locomotive, les phototrains entre amis, "à la chasse au 3756 !". Tout cela n'est plus que souvenir aujourd'hui : il fallait profiter, et ce fut chose faite. Et ici savourer chaque instants ! Avec pour mission de rendre compte d'une époque peut-être révolue, dans la ligne du blog De Gare en Ligne, témoin du monde ferroviaire actuel dans un monde où tout s'accélère.

Impossible de parler du Paris-Albi sans citer Rodez... Même si le train de nuit atteint toujours la cité ruthénoise, il n'emprunte plus désormais le viaduc sur fond de cathédrale. Le paysage changera bien jusqu'à Albi, passant du Massif Central au bassin Aquitain : le 3767-64 est le dernier express en rame tractée du Massif Central. Ici, la BB 67523 emmène sa rame W sur Albi, le 11 juin 2017.

Les derniers voyageurs viennent de monter dans les voitures : il est 20h45 en gare d'Albi-Ville, et le dernier Albi-Paris s'élancera quelques minutes plus tard, avant sa suspension provisoire ou définitive... (03/09/17)

Alors, dans ce paysage ferroviaire aujourd'hui bien morne, je déballe ici quelques unes des milliers de photos réalisées durant deux ans, aujourd'hui simple souvenirs numériques.

Toutes photos ©Ferrovi11, sauf mention contraire