Des côtes de la Méditerrannée aux hauts plateaux des Causses, la ligne Béziers-Neussargues a un lourd passé, et un avenir toujours incertain... Retour sur cette transversale peu à peu oubliée

 

L'X 2403 du CFHA au le col de Lagarde, le 12 octobre 2015. (©P-J JEHENNE)

La ligne Béziers-Millau-Neussargues, aussi dite « ligne des Causses », est un axe ferroviaire structurant traversant le Massif Central du nord au sud. La construction de la ligne s’est déroulée en plusieurs étapes.

La première fut la mise en service du parcours Béziers-Bédarieux-Graissessac en 1858. La réalisation de ce premier tronçon fut due à la demande grandissante pour le transport de produits miniers vers la côte méditerranéenne.

Dans un second temps, la ligne fut rachetée par la Compagnie du Midi qui envisagea un tracé ambitieux vers le nord, via l’Aveyron, la Lozère et le Cantal. Le but de la compagnie était pluriel : en effet, celle-ci souhaitait désenclaver les bassins miniers de l’Héraut mais aussi s’engager dans le transport du vin du Languedoc vers la capitale.

Affluence de Z2 à Millau, le 11 mars 2014. (©P-J JEHENNE)

Ainsi, la ligne atteignit la ville de Millau en 1874, Marvejols en 1884, Saint-Chély-d’Apcher en 1887, Saint-Flour le 27 mai 1888, et enfin Neussargues le 10 novembre 1888. Le parcours est spectaculaire ; le viaduc de Garabit témoigne en effet de la prouesse technique que fut la construction de cet axe ferroviaire.

Depuis cette date, la ligne joue pleinement son rôle d’aménagement du territoire, à la fois en assurant la mobilité des citoyens et en permettant le transport de marchandises. La Compagnie du Midi avait bien compris l’utilité et la pertinence de l’axe, et c’est dans cette optique que l’électrification de la ligne a été réalisée à compter de 1930, en 1500V Midi.

Une Z2 assurant un TER passe sur le viaduc de la Rimeize, le 28 août 2017.

Aujourd’hui, la ligne possède de formidables atouts : il s’agit d’une alternative non polluante à la route, d’un véritable parcours touristique offrant de magnifiques points de vue depuis le train, et d’un axe permettant le développement un trafic fret ferroviaire important entre le nord et le sud de l’Europe.

Malheureusement, la ligne des Causses est menacée depuis les années 90 ; celle-ci a en effet subit la politique du « tout TGV » dont les effets sont bien visibles, à l’image de la suppression du train de nuit Paris – Millau en 2003 et de la liaison directe assurée par le train Aubrac vers Paris en 2006, l’interdiction du trafic fret au sud de Saint-Chély-d’Apcher, ou encore la fermeture de nombreuses gares. Aujourd'hui, 10 TER par sens circulent sur la ligne : un chiffre qui paraît important, mais seul l'Aubrac parcourt toute la ligne. Les autres trains ne parcourent en effet qu'une petite partie de la ligne.

Neussargues, terminus de la ligne des Causses : l'Aubrac Béziers-Clermont entre en gare, le 28 août 2017.

En outre, l’infrastructure vieillissante mérite une modernisation dans le but de pérenniser durablement la ligne : certaines sections sont encore équipées en rail Double Champigons. Les installations électriques sont également désuettes, et ne permettent plus d'admettre de trains lourds en traction électrique. Seuls quelques TER circulent encore sous tension. Le trafic fret est encore présent sur la partie Nord de la ligne, de Neussargues à St Chély, avec la circulation du Clermont-St Chély acheminant des tôles pour l'usine ArcelorMittal de cette dernière ville. Le train est assuré en BB 67400 et circule trois fois par semaine.

Passage de l'unique train de fret, le Clermont-St Chély, sur le viaduc de Garabit, le 28 août 2017.

Cependant, à la fin du siècle dernier, une initiative menée par Jean-Claude Gayssot, ministre des transports et ancien cheminot sous le gouvernement Jospin, avait faite revenir un peu de fret sur la ligne et laissé une lueur d'espoir, avec notamment des opérations de rénovation de la voie et un train d'essai Toulouse-Clermont Ferrand qui circula durant quelques mois à partir de décembre 2001. La réelectrification de la ligne en 25000 volts était aussi prévue. Mais toutes ces initiatives furent stoppées nettes avec la victoire de Jacques Chirac en 2002 aux élections présidentielles...

La ligne Béziers – Neussargues – Clermont-Ferrand peut-être ainsi qualifiée de véritable colonne vertébrale du Massif Central tant celle-ci contribue au désenclavement des hauts cantons. Mais la ligne est menacée, et on craint sa fermeture partielle pour 2018. Des postes d'agents en gare, comme à St Flour, sont prévus d'être supprimés.

Clermont-St Chély : A l'assaut des Causses en BB 67400... - De gare en ligne

Le Fret ferroviaire perd du terrain depuis des années face à la route. Mais il existe certains trafics où le rail est le seul moyen de transport possible... Peu nombreux mais bien présents, partons aujourd'hui à la découverte de l'un d'eux, le Clermont-St Chély, l'un des dernier train de fret assuré en BB 67400.

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©Train48 avec la participation et contribution de Antoine de TRAIN AUBRAC