Si la ligne Rivesaltes-Axat est aujourd'hui connue pour son train touristique, le "Train Rouge", elle avait il y a peu un passé industriel en plein démantèlement aujourd'hui. Jean-Pierre Lescure nous explique pourquoi.

Des trains lourds...

Ce sont principalement le commerce du bois, du vin (3 voies en impasse pour chargement des foudres de vin existaient à Caudiès jusqu’à la première guerre mondiale, avant extension de l’usine sur ce même emplacement) et des produits de carrières, entre autres productions locales, qui sont à l’origine de la création de cette voie ferrée, en sus du désenclavement de ces vallées de l’arrière pays et de ses habitants, bien plus nombreux qu’aujourd’hui.

Les BB 66156 et 66072 sont vues à Estagel en avril 2001. (©coll.TPCF)

Depuis de nombreuses années, la ligne de Rivesaltes à St Martin-Lys, occupée de nos jours par l’activité touristique de la société TPCF (Train du Pays Cathare et du Fenouillèdes), exportait en effet des produits de carrière depuis des gares implantées en Fenouillèdes et Pays Cathare Audois. Feldspath et Dolomie embarquaient depuis les gares de St Martin-Lys, Axat, Lapradelle, Caudiès de Fenouillèdes, St Paul de Fenouillet, Cases de Pène, après concassage, en vrac ou conditionné, pour de nombreuses destinations Françaises et Européennes. Des trains lourds tractés par différentes locomotives diesel, de l’A1A A1A 62000 à la BB 69000, ont emprunté la ligne pour acheminer vers la gare de Rivesaltes ces produits de carrière pour l’industrie céramique et verrière, entre-autres.

La BB 67498 et trois wagons couverts pour le transport de sacs de dolomie à Axat dans les années 1980 (©coll. TPCF, DR)

Il faut savoir qu’il y a quelques années, 70% de la production française de Feldspath provenait des carrières proche de la ligne du Pays Cathare et expédié de ces gares. Depuis 1939, la ligne ne transportait plus de voyageurs, activité reportée sur la route et qui perdure de nos jours de Perpignan à Quillan dans l’Aude. Les emprises des gares furent occupées  par des quais d’expédition et des usines de concassage et de conditionnement. Seule la gare de Lapradelle ne comportait qu’une installation de chargement de produit en vrac, par chargeur sur des wagons trémies.

 St Paul : une UM de BB 66000 et son train de feldspath et dolomie en vrac entrent en gare, en 1994. (©coll TPCF)

Une grande scierie avait été installée au début du 20ème siècle dans les emprises marchandises, elle expédiait peut-être du bois par le rail. La Dolomie chargée dans cette gare provenait de Ste Colombe sur Guette, ou elle était calibrée par l’usine de concassage installée sur cette commune. A Caudiès, l’usine est implantée tout à côté des emprises de la gare, comme à St Martin-Lys, Axat, St Paul ou Cases.

En 2006, la BB 66055 est vue aux alentours de St Paul de Fenouillet, avec son train de trémies bâchées. (©coll.TPCF)

Florissante jusque dans les années 80, la production de ces vallées est maintenant concurrencée par celle de la Turquie. Malgré un renforcement de la voie en 1978/80 qui permettait de prendre des charges à l’essieu de 22,5 T, la demande issue des carrières locales diminuèrent d’années en années. La SNCF ne voulant plus entretenir la section Caudiès St Martin, les expéditions par le rail furent interrompues en 1998 pour l’usine de St Martin-Lys, puis quelques années plus tard pour le vrac en gare de Lapradelle. L’usine de St Paul cessa peut avant, pour nuisances environnementales. Caudiès a recyclé sont concasseur pour conditionner de l’alumine. Mais cette matière, en vrac et conditionné va prendre la route.

En ligne en 1994 après St Paul...

TPCF Fret, le premier des OFP

Courant 2009, le gouvernement de l’époque, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, préconise la création d’OFP (Opérateur de Fret de Proximité). TPCF, pour diversifier son activité et permettre que la ligne continue à être entretenue par son propriétaire (RFF, à l’époque), va concourir pour devenir opérateur sur la ligne, la SNCF voulant par ailleurs abandonner la dernière exploitation fret de la ligne au départ de Cases de Pène. Aidé par le désir du fournisseur d’alumine conditionné à Caudiès de baisser les coûts de production de son produit en utilisant le rail pour les transports, conforté par le besoin de scieries industrielles de s’approvisionner en Haute Vallée de l’Aude ; encouragé par le fait que RFF était prêt à faire les travaux de modernisation de la ligne, TPCF a repris l’exploitation Fret sur la ligne. Rapidement, la nécessité de s’associer avec d’autres partenaires conduit à créer Régiorail. L’usine de Caudiès est aménagée pour recevoir l’alumine en vrac et l’expédition de celle-ci conditionnée par palettes entières. L’activité va durer 2 ans.

...et en avril 2015, avec une Caravelle du TPCF en queue et une G 1206 (+une en cv) de Régiorail en tête.

Un territoire en reconversion

Malheureusement les coûts doivent encore diminuer, face à la concurrence. A Gardanne, dans les Bouche du Rhône, l’entreprise qui fait vivre l’usine de Caudiès choisit alors d’installer un concasseur sur place. La société Imerys, propriétaire des usines de St Martin-lys, Salvezines et Caudiès voyant leurs profits diminuer, va fermer les trois usines et le trafic fut interrompu fin juin 2015. St Martin et Salvezines vont être rapidement démontées. Caudiès et St Paul sont en fin de démolition à ce jour. Le site va être rétrocédé à la commune. Un projet est à l’étude pour construire un embranchement pour la maintenance des matériels du train touristique et de Régiorail effectué par le personnel de TPCF. A St Martin-Lys, les emprises sont à louer. A St Paul de Fenouillet, les emprises seront occupées par une ferme photovoltaïque, initié par la communauté de commune.

Démentèlement du concasseur de Caudiès en septembre 2017. (©Ch. ABRAHAM, DR)

La vallée des Fenouillèdes après Cases de Pène est maintenant totalement désindustrialisée. Enfin pas tout à fait, car des éoliennes ont été implantées entre St Paul de Fenouillet et Caudiès. Bientôt le champ photovoltaïque de St Paul sera réalité. L’industrie du tourisme pourra se développer, débarrassé de « ces verrues industrielles ». Un semblant d’activité Fret devrait perdurer en gare de Cases de Pène avec l’usine de La Provençale qui garde, comme prestataire pour une partie de son activité, le rail.

Manoeuvres à Cases de Pènes en avril 2015. Les citernes sont récupérées et raccrochées au reste de la rame en provenance de Caudiès. Aujourd'hui, plus aucun train de marchandises ne dépasse Cases de Pènes.

Des expéditions de bois des forêts Audoises pourraient se faire au départ de Lapradelle ou de St Martin Lys, mais il faudrait que SNCF réseau reprenne  la remise à niveau de la section Caudiès St Martin. La volonté  est-elle là et les clients existent-ils ? Nous n’avons pas la réponse. De Rivesaltes à Caudiès après des travaux importants exécuté par RFF en 2011/12, la ligne est en état pour voir circuler les trains touristiques de TPCF, pour encore quelques années, mais l'entretien effectué par la SNCF est minime. Si TPCF veut pouvoir encore utiliser cette section, il va falloir qu'il la prenne en charge. Au-delà, c’est TPCF qui doit entretenir cette section jusqu’à St Martin. Mais cette maintenance a un coût, et même si pour le moment TPCF en a les moyens, un jour peut arriver, ou cela ne sera plus le cas… Pour le moment l’activité de tourisme ferroviaire est productive. L’activité de maintenance pour le compte de Régiorail et quelques entreprises embranchées également, mais pour combien de temps… l’avenir le dira.

La ligne Rivesaltes-Axat reste un cas particulier où le rail a resisté face à la désindustrialisation et à la route. Mais quand est-il du reste des lignes ? La montée en puissance des OFP, avec un fonctionnement plus flexible que la maison mère permet de reprendre des trains à Fret SNCF qui n'assure plus de trafic de wagons isolés. Le tourisme a repris ici le flambeau, mais s'il n'y avait pas eu cette activité, la ligne aurait très sans doute fermé...

Jean-Pierre Lescure 

Photos :

-©Ferrovi11

-©collection TPCF

-©Christian Abraham

Source :

Article de Jean-Charles Christol et Yves Guimezanes de 1992, publié dans le CDR N° 139