Depuis 1985, il relie Auray, petite ville dans les terres bretonnes, à Quiberon, au bout de la presqu'île du même nom. Cahotant sur une voie plus toute jeune, il permet d'éviter les bouchons sur la route principale en saison estivale... Voyage en X 2100 sur l'un des "saisonnier" les plus connus du pays.

Vue depuis les plages de Carnac, une rame marque l'arrêt à la halte de l'Isthme, le 3 août.

La ligne d'Auray à Quiberon témoigne d'un cas rare en France : tombée peu à peu dans l'oubli au fil des années, le trafic omnibus disparaît en 1972 et seuls deux aller-retours quotidiens depuis la capitale (diurne et nocturne) subsistent l'été. La fermeture de la ligne est donc presque totale. C'est en 1985 que la ligne est réactivée, après une première tentative en 1982 en réutilisant les voitures des express pour Paris lors de leur période d'inutilisation dans la journée. Au vu de la fréquentation croissante de la presqu'île est des fréquents bouchons qui se produisaient sur la départementale, un service omnibus est donc mis en service sous l'impulsion du département du Morbihan, avec deux X 2100 circulant en navettes.

32 ans plus tard, le Tire-Bouchon roule toujours chaque été, et les vaillants X 2100 rennois, derniers autorails unifiés de France, assurent toujours les circulations. La composition, deux X 2100 encadrant deux remorques XR 6000, permet d'offrir une capacité assez importante pour le transport des vacanciers.

Boîtes à chaussures comme tire-bouchon...

Les traverses se noient dans les herbes folles brunies par le désherbant et les passages des trains. Les rails luisent, témoignant un trafic important... Au loin, notre rame apparaît, arrivant à vitesse réduite, brinquebalant sur une voie plus très droite. Le train s'immobilise finalement, les freins crissant. Les quelques voyageurs présents sur le quai montent dans le train, le premier de la journée. La contrôleuse siffle le départ, les portes se ferment. On entend le moteur ronronner de son bruit caractéristique, et le Tire-Bouchon prend le départ.

Arrivée à Belz-Ploemel du premier TER du matin, emmené par l'X 2140, le 5 août 2017.

Le tracé de la ligne n'est pas très difficile : de longues lignes droites dans le bocage breton, jusqu'à la gare de Plouharnel-Carnac, unique point de croisement de la ligne. Ce matin, nous nous arrêterons simplement, sans croiser. La chef de gare est sur le quai et lève sa plaquette verte pour donner le départ du train. Après cette gare, l'amorce de la presqu'île débute par une courbe serrée, puis les longues lignes droites reprennent, cette fois-ci dans un paysage plus dépouillé où les pins nous indiquent que l'océan n'est pas loin...

L'X 2100 s'est peu à peu rempli, sans toutefois être plein comme il peut l'être à certaines heures de pointe. Quelques fois, on entrevoit l'océan derrière les maisons blanches aux toits d'ardoises. Les couleurs sont harmonieuses : le bleu profond de l'océan se marie avec le bleu clair du ciel parsemé de quelques nuages, tandis que les maisons bretonnes ponctuent ce magnifique paysage.

Petit à petit, la bande de terre devient plus étroite, et la route se rapproche. Le "tac tac" régulier du train sur les courts coupons de voies s'espace, notre train arrive à la célèbre halte de l'Isthme. L'océan devient alors visible des deux côtés... L'endroit a su faire la célébrité du train : une halte presque au milieu de l'océan, il n'y a que sur le Tire Bouchon que cela existe ! Les portes s'ouvrent, et un vent frais chargé d'odeurs marines s'engouffre dans l'habitacle tandis qu'au loin, l'océan s'étend à l'infini.

Arrivée à la halte de l'Isthme de Penthièvre.

Il ne reste plus que quelques kilomètres à parcourir avant d'arriver au terminus de la ligne, Quiberon. La ligne se faufile entre les habitations avant d'arriver, au terme d'un parcours de 27km entre deux Bretagnes...

500 mètres plus loin, l'océan.

Sur le quai de la gare de Quiberon, c'est le grand chassé croisé où se mêlent les voyageurs arrivés et ceux prêts à embarquer. L'ambiance des trains des vacances, de ces gares de l'ouest comme il n'en reste plus aujourd'hui, électrifiées, où le TGV a remplacé les autorails et les express estivaux. Dernier témoin d'une époque de plus en plus lointaine, fonctionnant pourtant à plein régime alors que certains voudraient le remplacer par des navettes routières*... Car il faut se le dire, la modernisation de la voie et du matériel est nécessaire, même si les X 2100 modernisés en 2010 offrent un confort au niveau du matériel actuel pour ce genre de relations: seule la climatisation serait à rajouter. Mais leur vieillissement commence à se faire sentir, quand on sait qu'ils ne sont plus que 14 et que les X 2200, plus récents, ne se comptent plus que sur les doigts d'une main...

 Chassé croisé à Quiberon, où une rame en provenance d'Auray vient d'entrer en gare, prête à ingurgiter une nouvelle fournée de voyageurs...

*Quel avenir pour Auray-Quiberon ?

Quiberon. La presqu'île prendra-t-elle le train en marche ?

Juillet arrive à grands pas, avec sa ligne TGV qui ralliera Paris à Auray, en moins de 2 h 30. Quelles solutions auront les voyageurs pour rejoindre Quiberon ? En été, le tire-bouchon assure une dizaine de liaisons quotidiennes, pour un trajet d'une quarantaine de minutes. Mais ensuite ?

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 ©Ferrovi11, août 2017