Il existe des gares oubliées où le temps s'est arrêté, où l'atmosphère du lieu ne s'est pas envolée même après des années d'abandon... Détour aujourd'hui dans les Pyrénées, à Sarrancolin.

La ligne Lanemezan-Arreau ne voit plus passer beaucoup de trains depuis longtemps. Les dernières circulations marchandises ont atteint la gare de Sarrancolin en 2004*, alors que le trafic voyageurs, lui, a deserté la ligne depuis 1969... Mais depuis, le charme de cette antenne pyrénéenne ouverte par la compagnie du Midi en 1897 et électrifiée en 1500 V (12 kV à l'origine) en 1917 n'a toujours pas disparu. La voie, rails DC sur traverses béton Orion, est encore en place jusqu'à Sarrancolin, et les supports caténaire servant à la ligne haute tension sont eux aussi toujours présents.

Le bâtiment voyageur de Sarrancolin le 18 juin 2017.

Sarrancolin. Le BV Midi porte encore les traces de sa peinture ocre aujourd'hui écaillée et lessivée sous le dur soleil pyrénéen. Les portes et volets sont blanchis par les intempéries mais toujours intacts... Un BV dans son jus. Mais le spectacle ne s'arrête pas là. De l'autre côté du bâtiment, côté voies, la vieille pendule annonce toujours la même heure, intemporelle, figée : 11h55.

Traversons la voie dédiée à la desserte de la halle marchandises pour se rendre sur le premier quai. L'omnibus de midi en provenance de Lanemezan entre en gare, assuré par une BB Midi et quelques voitures à deux essieux Sud-Ouest. 48 ans plus tard, si l'on oublie la végétation de plus en plus envahissante, on s'attend toujours à voir un train pointer à l'entrée de la gare... Les deux quais sont toujours intacts, ainsi que les poteaux des lampadaires.

Les quais sont toujours intacts...

La gare en 1987 : la 141 TD manoeuvre pour se remettre en tête d'un train spécial, 70 après l'électrification de la ligne par la compagnie du Midi. (ph. ©F.POUS, DR)

Direction Arreau, le château d'eau trône dans la cours d'une entreprise de travaux publics, tandis que direction Lannemezan, subsiste toujours un véritable fossile du temps de la vapeur... En effet, on trouve une vieille grue à eau encore dans son jus, patinée par le temps. La vapeur a deserté la ligne depuis 100 ans !

Grue à eau et château d'eau, derniers vestiges d'une époque lointaine...

On peut alors se demander pourquoi de tels vestiges sont toujours debouts dans une gare abandonnée depuis des décennies, alors que d'autres gares sont taguées, pillées, en ruine. Est-ce l'air pyrénéen et l'isolement qui ont préservé cette gare des tags, de la casse, et tout simplement des ravages du temps ?

*Une courte section de la ligne, jusqu'à Labarthe, est encore ouverte au trafic fret

©Ferrovi11, juillet 2017