Les trains de nuit font l'actualité en ce moment, avec la suppression de la Palombe Bleue Paris-Hendaye. Alors quoi de mieux qu'un voyage nocturne pour prendre vraiment le poul des mal aimés de la SNCF...

 

Les BB 67481 et 523 à Rodez le 27 juin 2017.

Il est 22h en gare de Rodez. Le TER en provenance de Toulouse, ce jour-là assuré par un Régiolis, va se ranger silencieusement sur le garage ruthénois, tandis que la mélodie des deux BB 67400, le moteur allumé depuis quelques temps déjà, reprend le dessus sous la halle. Petit à petit, les voyageurs, aux grosses valises ou au simple sac à dos, prennent possession du quai central de la gare, le long des trois voitures du Rodez-Paris. A une heure tardive, le train de nuit réveille par son activité la gare de Rodez, comme il le fera une nouvelle fois au petit matin, avec le Paris-Rodez...

Les minutes passent, et le train se remplit. Au poste d'aiguillages, les agents s'activent, car l'heure du départ approche. Dans les voitures couchettes, les derniers passagers s'installent dans les compartiments. La rumeur de la gare nous parvient encore, étouffée, mais bien présente. Bientôt, ce ne sera plus que silence...

A 22h43, alors que le train devrait déjà être parti, la chef de gare donne le départ, sur le quai, avec sa torche verte. Dans cette nuit fraîche et pluvieuse de juin, le train s'élance silencieusement pour un périple de 9h environ. De la voiture centrale, on entend à peine le sifflement des moteurs des locomotives, poussés à pleine puissance pour prendre de la vitesse et affronter les premières rampes. Les lumières de Rodez s'éloignent, et le roulis des nombreuses courbes berce petit à petit les passagers. Les premiers arrêts se font brefs. Le contrôleur siffle, et bien souvent, personne ne descendra, ni ne montera dans l'express nocturne...

Au milieu de la nuit, Brive est atteinte. Sous la halle, le silence est lourd, et on entend à peine les agents présents pour les manoeuvres. Notre train cotoie une rame Corail vide, qui reprendra du service au petit matin. Les deux BB 67400 se sont rangées, prêtes pour tracter la rame descendante quelques heures plus tard. Après de longues minutes d'arrêt, le train part pour affronter les courbes et contre-courbes de la POLT, et filer enfin dans la nuit noire...

Le jour s'est déjà levé alors que notre train roule dans la plaine de la Beauce, un peu avant 6h du matin. Des champs jaunes à perte de vue, parsemés de quelques bosquets et d'innombrables pylones... Que les reliefs du Massif Central sont loin ! La banlieue parisienne arrive ensuite, avec ses RER en service ou garés avant de prendre le service.

 

Paris Austerlitz, le 28 juin 2017.

Au terme d'un voyage de 9h, l'Intercités de nuit n°3754 Rodez-Paris entre en gare d'Austerlitz, déserte à cette heure-ci. Il est 6h44 et Paris s'éveille...

Depuis les premières grandes relations, les trains de nuit permettent de voyager sur de longues distances de nuit sans que la durée du trajet soit un problème le jour. Concurrencés par le TGV et l'avion, ils sont devenus désuets aux yeux de la SNCF, à tel point que les relations actuelles se comptent sur les doigts d'une main ! Paris-Toulouse/Rodez/Latour de Carol, Paris-Briançon, Paris-Nice et Paris-Hendaye dont le dernier train est parti d'Hendaye le 1er juillet : depuis 2007, pas moins de 13 relations nocturnes ont été supprimées !

L'Intercité de nuit Paris-Rodez-Albi, dernier train de nuit du Massif Central... Il y a bien des années, Béziers, Alès, Aurillac, etc, étaient reliées par les trains de nuit. Aujourd'hui, le vide est omniprésent dans le Massif. (carte de 2007)

Et pourtant les avantages sont nombreux (confort, horaires...), mais la SNCF en a décidé autrement et privilégie la grande vitesse. L'ouverture de la LGV Tours-Bordeaux le 2 juillet désemplira un peu plus le train de nuit Toulouse-Paris, en mettant Paris à 4h de Toulouse au lieu des 7h30 actuels pour les Intercités de jour et 9h pour le train de nuit.

L'ouverture à la concurrence pourrait permettre l'arrivée d'opérateurs privés sur les relations nocturnes intérieures (concurrence déjà ouverte sur les relations internationales, avec Paris-Venise par Thello par exemple), si les opérateurs estiment le marché assez rentable ! Du côté de la SNCF, on réfléchit déjà à la modernisation des rames pour les dernières relations maintenues, mais n'est-ce pas un peu tard ?

La SNCF réfléchit à ses trains de nuit... enfin ? - transportrail - Le webmagazine ferroviaire

Incroyable ! Alors que l'offre de trains de nuit n'a cessé d'être réduite en arguant du traditionnel "pas de trafic, pas de potentiel, pas d'avenir", alors qu'à l'automne, ne resteront plus que les liaisons depuis Paris vers Briançon, La Tour de Carol et Rodez, la SNCF a organisé du 21 au 23 avril une séance de réflexion in situ pour repenser l'offre de trains de nuit.

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©Ferrovi11, juillet 2017