Alors que le sort de la portion Limoux-Quillan de la ligne Carcassonne-Quillan (11) est encore indécis, l'ALF (Association pour le maintien et le développement de la Ligne Ferroviaire Carcassonne-Quillan), principale association défendant de la ligne, s'est invitée le 29 octobre, à l'inauguration de l'exposition de modélisme de Quillan. Reportage et décryptage.

Dans le gymnase municipal de la ville de Quillan, en ce 29 octobre, l'activité bat son plein. Il est aux alentours de midi, et les exposants sont encore en pleine installation. Dans un coin de la salle, un signal est donné. Les exposants viennent alors se retrouver autour d'un pot d'inauguration, en présence du maire de Quillan, Pierre Castel. Après le discours du président du CMQ (Club Maquettiste Quillanais, organisateur de l'exposition), Joël Forcellini, puis du maire, le président invite Julien Baudru, membre de l'ALF,  à prendre la parole au nom de l'ALF et de son président. 

"Nous avons appris, au mois de septembre, que les travaux sur Limoux-Carcassonne étaient officialisés et allaient commencer à partir du 15 janvier 2017, pendant 8 semaines. [...] ", se félicite-t-il. Cependant, la situation n'est pas la même sur l'autre section, Limoux-Quillan. "Il y a des bruits qui courent comme quoi RFF (aujourd'hui SNCF Réseau, NDLR) et l'Etat [...] doivent annoncer que la partie Limoux-Quillan risquait d'être fermée fin 2017". Une ligne "trop vétuste", qui ne correspond plus aux normes UIC et ne pouvant plus garantir un service supérieur à 4 AR par jour. Une information qui, cependant, "n'a pas été confirmée" par la SNCF, "ni marquée dans le Procès Verbal des cheminots reçus par la délégation de RFF" nous rapporte-t-il. L'ALF, ayant programmé la fête du chemin de fer le 15 octobre dernier, en a donc profité pour alerter politiques et citoyens sur la situation actuelle. Un évènement coïncidant avec un rassemblement de l'Association des Élus pour la défense du Cévenol, à Langogne, "se battant comme nous pour les petites lignes", ainsi qu'une autre manifestation, à Perpignan, pour le maintien " des trains de nuit Cerbère-Paris qui risquent de disparaître". Sur ce "rassemblement citoyen",à Limoux, plus de 300 personnes étaient présentes, ainsi que le représentant du conseil régional de la région Occitanie, le président du conseil départemental audois, André Viola, "les élus nationaux, les sénateurs", et les présidents de la communauté de communes du limouxin et de la communauté de communes des Pyrénées Audoises (Quillan).

Un TER Carcassonne-Quillan, assuré par l'X 73550, arrive à son terminus le 29 octobre 2016. Une gare qui pourrait ne plus voir passer de train fin 2017 si rien n'est fait.

Suite à cette mobilisation, "une demande d'audience, en cours [a été faite] auprès du préfet de région en cours de signature par les partenaires de l'ALF", pour "demander que le secteur Limoux-Quillan reste ouvert".

Un discours dépassé

Cependant, l'ALF soutient une vision des choses quelque peu dépassée et syndicaliste. En effet, comme nous informe Julien Baudru, " il faut que la ligne reste sous la parrainité de l'Etat et de SNCF Réseau". Sans cela, l'ALF craint que la SNCF ne tienne plus compte du "contrat de plan signé par l'Etat, la Région et SNCF Réseau", prévoyant "la circulation des trains sur Limoux-Quillan et les travaux d'entretien jusqu'au nouveau contrat de plan en 2020-2022". En effet, à partir de 2020, le trafic voyageur sur le réseau ferré français sera ouvert à la concurrence, comme le sont aujourd'hui les trains de fret: une occasion pour les Régions et les collectivités de reprendre la main sur des trafics souvent délaissés par la SNCF, sans que les Régions ne puissent interrompre ces fermetures. L'ouverture à la concurrence des TER, TET (Trains d'Equilibre du Territoire) et Intercités ne devrait pas se faire avant 2020, mais les appels d'offres, eux, pourront être envoyés dès la fin 2017 pour les autorités demandeuses. La SNCF, elle, pourra assurer le service sur les lignes non demandeuses jusqu'en 2023. Après cette date, les appels d'offre deviendront obligatoires.

Il reste pourtant quelques points à clarifier au niveau des infrastructures, du matériel et du personnel. Le matériel SNCF, possédant encore beaucoup de potentiel avec du matériel récent (Régiolis, Régio2N, AGC, A TER...), sera sans doute utilisé. Quand à la question du personnel et des infrastructure, la chose reste encore assez vague dans l'accord signé en mars 2016 à Bruxelles.

Cette future libéralisation, floue dans le cas des emplois, peut donc être apréhendée par les cheminots, qui pourraient se monter contre cette libéralisation si les conditions de gérance des ressources humaines ne sont pas clarifées. L'ALF, fortement appuyée par les syndicats (CGT, Fédération des Cheminots), défend donc également le point de vue des cheminots, facilement discutable face aux enjeux de la future libéralisation. On aurait aussi aimé que l'ALF aborde aussi l'avantage touristique d'une telle ligne, comme le projet de train touristique évoqué dans un précédent article (voir ci-dessous).

Il est donc clair que le discours de l'ALF, positionné contre l'ouverture à la concurrence et toujours en confiance avec la SNCF, est aujourd'hui dépassé et se bornant à l'horizon 2020. Nous devons cependant saluer les initiatives de l'association: qu'elle continue à se battre, mais aussi à se moderniser.

Le maire de Quillan, Pierre Castel présent aux côtés de Julien Baudru, n'a pas cependant pas réagi.

©Ferrovi11, novembre 2016

 Un train touristique sur Carcassonne-Quillan? - De gare en ligne

Difficile à croire, et pourtant, un projet de train touristique est bien mené sur la ligne Carcassonne-Quillan. Alors que l'initiative aurait pu venir du TPCF, tout proche, sur l'autre partie de la ligne Carcassonne-Rivesaltes, celle ci vient de plusieurs élus du département.

http://degareenligne.canalblog.com

Sources:

-Discours de Julien Baudru (ALF), à Quillan, le 29/10/16 et:

SNCF: les lignes TGV ouvertes à la concurrence à partir de 2020

La SNCF devra ouvrir ses lignes TGV à la concurrence à partir de 2020, puis ses lignes sous contrat de service public (TER et Intercités) à partir de 2023, conséquence d'un accord trouvé mardi à Bruxelles.

http://www.challenges.fr